Ascension du Mont Kenya par la voie Chogoria

« Nous n’avions ni carte précise, ni matériel digne de ce nom, mais nous avions un rêve : gravir le Mont Kenya. »

Petite musique de chambre sur le Mont Kenya, Vivienne de Watteville


Jour 1 : De Chogoria Gate à Swiss Army Camp

Le jour du début de notre ascension est enfin arrivé ! Après avoir été récupérés à notre hôtel par nos guides, nous avons environ 3 heures de route pour arriver au point de départ de l’expédition : Chogoria Gate.

Ces moments passés en voiture nous permettent de découvrir une face encore insoupçonnée du Kenya, celle d’un pays agricole, des kilomètres de serres et exploitations en tous genres. L’agriculture est en effet un des piliers de l’économie kenyane et sa situation géographique (le plateau se situant aux alentours de 2000 mètres d’altitude) lui octroie un climat propice qui semble parfaitement exploité. Nous traversons également de très belles vallées verdoyantes au milieu des bananiers, plantation de thés et jacarandas qui rendent le trajet bien plus rapide qu’on ne le pensait !

Après les quelques formalités administratives de rigueur lors du passage de la Gate d’entrée du Parc (inscription sur le registre des randonneurs, contrôle des passeports, déclaration du guide accompagnateur et de l’équipe…) nous arrivons enfin au point de départ. Un déjeuner sommaire a été préparé, le temps pour l’équipe de préparer les derniers effets à emporter, répartir les sacs, contrôler les équipements… et c’est vers 14h que nous débutons notre première randonnée

Le point de départ se situe à 2950 mètres d’altitude, nous devons parcourir 11 kilomètres et atteindre notre camp, le Swiss Army Camp, situé à 335O mètres d’altitude. Nous commençons sous un temps maussade qui tourne rapidement à la pluie, l’occasion de tester en réel nos équipements de protection. Le chemin monte tranquillement à travers une forêt de bambou qui se transforme rapidement en champs de bruyère, le tout sur une route en terre accessible aux 4×4 et donc sans difficulté technique.

C’est l’occasion pour nous d’apprendre à connaître nos guides, d’échanger sur nos précédentes expériences (à savoir beaucoup de randonnées mais jamais d’ascension et donc une inconnue totale sur la façon dont nos corps vont réagir à l’altitude) et de tester la démarche « polé polé » (signifiant « doucement » en swahili). Nous le confirmons, c’est une démarche très lente mais vraiment nécessaire pour ne pas puiser trop d’oxygène et ainsi limiter l’essoufflement.

C’est vers 16h que nous arrivons à notre premier camp et que nous découvrons nos équipements pour les prochaines jours : une tente 4 places pour dormir, suffisante pour y faire entrer l’ensemble de nos affaires et éviter qu’elles ne restent à l’air glacial et humide durant la nuit, une autre tente dédiée à la prise de notre repas dans laquelle nous pouvons tenir debout et enfin, last but not least, une tente protégeant un trou creusé dans la terre, dédié aux « besoins naturels ». 

Ce camp semble rudimentaire mais nous nous y sommes immédiatement sentis bien, accueillis comme il se doit par une énorme assiette de popcorns et de biscuits (ce qui sera le cas chaque soir et véritable boost au moral – c’était d’ailleurs une de mes motivations en cas de coup dur).

Après avoir pris possession de notre home sweet home, nous nous retrouvons avec nos guides pour le briefing sur le programme des quatre jours, l’encadrement médical, la présentation du staff etc. Malheureusement, c’est aussi le moment où H a commencé à se sentir mal. Les premiers symptômes de l’altitude sont arrivés plus tôt que nous ne les avions attendus, sous forme de frissons, grosse fatigue, manque d’appétit etc. 

Il faut garder en tête qu’il est impératif de beaucoup s’hydrater (au moins 4 litres d’eau par jour) et se nourrir afin de compenser l’effort fait par nos corps. De ce fait, la soirée du nouvel an a été vite écourtée et nous nous sommes couchés tôt afin de pouvoir bien récupérer.

Après une nuit que l’on ne pourrait pas qualifier d’idéale (il faisait relativement froid et nous devions nous habituer aux bruits environnants, à l’adrénaline de l’aventure…), nous nous réveillons en pleine forme pour attaquer cette journée qui s’annonce assez facile !

Après un petit déjeuner (très) copieux face au soleil qui nous réchauffe rapidement, nous prenons la route de notre 2ème campement, à seulement quelques kilomètres de distance. L’objectif du jour est de ne pas se fatiguer et s’acclimater en douceur.

Nous partons donc vers 8h30 en prenant tout d’abord le chemin d’une cascade qui s’avèrera être une très belle surprise : surplombant une vallée, le chemin y menant descend le cours d’eau avant d’arriver sur un beau cirque naturel et très densément végétalisé, le lieu parfait pour une première pause. 

Fun fact : il y a beaucoup de caméléons sur les pentes du Mont Kenya, ouvrez l’œil vous en verrez certainement le long de votre chemin, ce fut le cas pour nous !

Nous marcherons ensuite 3 bonnes heures en pente assez douce jusqu’au camp suivant : Lake Ellis (3500m). Comme son nom l’indique, il est situé au bord d’un lac offrant une très belle vue et un lieu propice au repos. C’est d’ici que nous apercevons le sommet du Mont Kenya pour la première fois ! 

Après cette journée relativement « facile », nous sommes cette fois-ci en pleine forme et ne souffrons plus du tout de l’altitude : une fois adoptée la démarche polé-polé, nous savons nous économiser et adapter notre rythme afin de ne pas être essoufflés. Il est maintenant l’heure d’aller dormir, la journée suivante s’annonçant (très) longue.

Cette journée allait être déterminante puisqu’elle devait nous emmener au dernier camp avant l’ascension, situé à 4300m. Le départ se fait plus tôt, mais toujours après un petit-déjeuner gargantuesque ! Cette journée est une interminable montée, cumulant 1100 mètres de d+ sur une dizaine de kilomètres. Heureusement, les panoramas vont évoluer tout au long de la montée nous offrant un spectacle merveilleux du début à la fin de cette journée. Après avoir quitté les rives du lac, nous descendons tout d’abord jusqu’à un cours d’eau avant d’effectuer notre première ascension, histoire de nous mettre en jambes, et surtout d’avoir une vue magnifique sur les paysages que nous venions de quitter.

Vue sur le Lac Ellis, au bord duquel nous avons installé notre deuxième camp

De pause en pause, nous arrivons à des environs beaucoup plus rocheux et venteux mais toujours aussi beaux et impressionnants. Petit à petit, nous sentons que nous nous rapprochons du sommet et, surtout, nous le voyons enfin distinctement, ce qui donne un vrai regain d’énergie. C’est aux alentours de 4000m d’altitude que nous faisons notre pause déjeuner, après avoir atteint un point de vue incroyable sur le lac Michelson et les pointes Batian et Nellion. Rien que pour cette vue, cela vaut les 3 jours de marche, vous vous sentez si petits face à l’immensité de ce paysage. Il faut noter également que nous ne croisons quasiment personne, ce qui renforce le sentiment d’aventure unique.

A mesure que l’on progresse, les paysages deviennent de plus en plus spectaculaires

Malheureusement, le camp est encore loin et il faut repartir pour trois bonnes heures de marche, qui vont vite devenir compliquées pour H en raison de nouveaux symptômes qui apparaissent : épuisement, maux de tête, nausées… La dernière heure, dans un environnement majoritairement fait de cailloux est, disons-le, interminable puisque nous ne voyons pas le camp et donc le point d’arrivée. Pour autant, nos guides nous divertissent en nous expliquant toutes les particularités de la flore locale et c’est épuisés mais heureux que nous arrivons au dernier camp, Mintos Hut. Là encore nous sommes seuls, face à un spectacle grandiose.

Mintos Hut est un immense cirque rocheux rempli de séneçons géants, face aux sommets du Mont Kenya quelques 1000m plus haut. 

Au soleil couchant, la lumière y est magnifique. Malheureusement H est vraiment très affaibli et nous commençons à beaucoup nous inquiéter. Son taux d’oxygène est en-dessous du seuil recommandé et notre guide nous explique que, si ce taux ne remonte pas dans les 2 heures qui viennent, il faudra absolument redescendre à une altitude à laquelle il se sent mieux afin d’éviter tout risque pour sa santé. Cette redescente devra alors se faire de nuit, en déménageant tout le camp. La perspective ne nous enchantait pas, nous étions à bout de force mais il est crucial de respecter les règles de sécurité. Nous avons donc attendu deux heures en tentant de manger et de boire au maximum, malgré le manque d’appétit et la bonne nouvelle est arrivée : les constantes sont meilleures, nous pouvons rester !

Il faut savoir que l’ascension est très sécurisée et les guides veillent au respect de règles strictes : votre taux d’oxygène est mesuré tous les soirs, puis matin et soir – vos symptômes sont également surveillés de près et ils ne vous feront prendre aucun risque pour votre santé. Il faut garder en tête que la montagne, comme l’altitude, peuvent être très rapidement dangereux et qu’il faut savoir redescendre, voire faire demi-tour, si votre santé l’exige.

Après avoir tenté de reprendre le maximum de forces, nous nous couchons très tôt car le réveil le lendemain se fait à 2h15, objectif sommet !

La nuit a été très difficile pour moi, avec un mal de tête abominable au moment de me coucher, l’un des maux classiques liés à l’altitude. H lui va beaucoup mieux et, après avoir tenté d’avaler quelques biscuits et du thé, nous partons à 2h45 d’une démarche trèèès lente direction le sommet. Le dénivelé positif est de 700m environ sur une très courte portion et nous nous retrouvons rapidement à devoir gravir un véritable mur, sur un sol fait de petits cailloux glissants qui nous mettent clairement en difficulté. Cependant, nous sommes chanceux car c’est le soir de pleine lune et même en plein milieu de la nuit nous parvenons à discerner l’environnement qui nous entoure de manière très distincte, c’est absolument magnifique grâce aux nombreux séneçons.

Cette première portion très glissante est épuisante mais elle nous amène rapidement à 4600m, là où il est possible, en cas de difficultés, de contourner le sommet et redescendre directement via la voie Sirimon. Grisés par l’adrénaline, nous nous sentons en pleine forme et, après une très brève pause car nous nous refroidissons, nous reprenons l’ascension. Rapidement, le vent se lève et vient nous glacer le visage et nous ralentir. C’est alors le mental qui prend le relais et nous montons progressivement jusqu’à apercevoir les prémices du lever de soleil, mais également le drapeau qui orne le sommet !

La dernière portion, un changement total de surface : il faut désormais évoluer dans les rochers

Nous avons alors fait l’erreur de demander à notre guide « Combien de temps jusqu’au sommet ? » (qui nous semblait très proche…). Son « environ 1h30 » nous a mis un gros coup au moral, nous avions sous-estimé la lenteur avec laquelle nous progressions et surtout la partie proche de l’escalade qui nous attendait.

La dernière partie de l’ascension se fait en effet dans de gros cailloux qui, sans être dangereux ni ne nécessiter de matériel, impliquent parfois de grimper à pleines mains et surtout achèvent de vous vider de vos dernières forces.

Il y fait aussi très froid, le vent est glacial et H s’est très vite senti mal, nous étions donc obligés de redescendre rapidement mais après avoir pris le temps de nous graver en mémoire ces instants magiques.

Nous n’allons pas vous mentir : la descente est horrible ! Nous avons pris la voie Sirimon, ce qui implique de redescendre jusqu’à 3300m. Nous étions épuisés par la montée, le froid et le vent et il a fallu redoubler d’efforts pour redescendre : le terrain est très glissant et, pour les plus sensibles au vide, parfois impressionnant. Il nous a fallu environ 2 heures pour arriver au camp intermédiaire à 4300m (Shipton’s Camp) où nous attendait notre petit déjeuner, en alternant marche et parfois glissades. H était toujours très diminué, marchant très lentement et se sentant très faible, ce qui rendait l’avancement d’autant plus compliqué. Nous avons pu profiter de cet arrêt pour reprendre des forces et contempler le chemin parcouru. La vue depuis ce camp est elle aussi à couper le souffre, si vous choisissez de faire l’ascension par cette voie vous n’en serez pas déçus !

La pause fut brève, il restait environ 15km pour atteindre la Sirimon Gate marquant la fin de l’aventure. A compter de ce moment, c’est un pur bonheur : sentier en pente douce descendante, rivière qui s’écoule, végétation incroyable, damans du Cap – sortes de grosses marmottes – qui gambadent et s’agitent sur votre passage… Nous nous sommes émerveillés durant des heures (peut-être grisés par l’effort) devant des paysages aussi magnifiques. Après une dernière petite ascension, l’occasion de constater à quel point l’oxygène revient vite en descendant d’altitude, nous terminons par une longue portion plate nous menant à Sirimon Gate vers 15h, où notre chauffeur nous attend.

Nous aurons donc marché 12h depuis le départ (incluant quelques petites pauses), pour environ 21km et 900d+ en ce dernier jour. C’est vraiment épuisés que nous terminons, mais incroyablement fiers et surtout conscients de la chance que nous avons eue : des conditions météo parfaites, nos corps qui nous ont porté jusqu’au sommet, des paysages incroyables de bout en bout


Si vous envisagez de réaliser l’ascension du Mont Kenya, foncez ! Encore préservé, le deuxième plus haut sommet d’Afrique est beaucoup moins fréquenté que le Kilimandjaro, vous vous y sentirez privilégiés et surtout en pleine harmonie avec la nature. Sans grosse difficulté technique (si ce n’est la descente qui est très pentue/glissante mais sans être technique, prenez juste de bons bâtons et évitez d’arriver épuisés), c’est une ascension qui est accessible sans trop de préparation ni de matériel dès lors que vous avez une bonne condition physique (et mentale).

Pour notre part, nous avons été bluffés par les paysages, très divers. Ils valent à eux seuls le trek.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la préparation et l’organisme par lequel nous sommes passés, vous pouvez consulter notre article.

Seul bémol à mon sens pour cette ascension : malgré la faible fréquentation, on y trouve tout de même des déchets, parfois en nombre. Je n’ose pas imaginer ce que cela donne sur des sommets plus connus…

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